Henriette Rosine Bernard<ref>ou Henriette Marie Sarah selon certaines sources. De confession juive, elle fut baptisée en 1857 et son nom francisé en Bernard mais ne renia jamais ses origines, comme l'indique le choix de son pseudonyme.</ref> dite Sarah Bernhardt, est une comédienne de théâtre française, née le 22 octobre 1844 à Paris dans l'ancien XIIe arrondissement (actuel Ve)<ref>Rue Saint-Honoré selon la comédienne ; au 5, rue de l'école de médecine selon d'autres sources.</ref>, morte le 26 mars 1923 à Paris et inhumée au cimetière du Père-Lachaise.
Sa mère, Judith-Julie Bernhardt, aurait été une célèbre « courtisane » hollandaise (ou allemande)<ref>L'Intermédiaire des chercheurs et curieux (juillet 1902) [1] et [2] sur Gallica. Sources à prendre avec précaution.</ref>, et Sarah elle-même aurait usé de ses charmes à ses débuts pour se faire une situation, comme l'indique son inscription dans le « fichier des courtisanes » établi par la Préfecture de police de Paris<ref>« Les fichiers secrets de la Préfecture de police » sur le site de France Info.</ref>. On ignore en revanche qui était son véritable père, Sarah ayant toujours gardé le silence sur son état-civil<ref>Certains disent qu'il s'agissait d'un Français, officier de marine, du nom de Morel. [réf. nécessaire]</ref>. Elle eut au moins trois sœurs et souffrit en particulier longtemps de la préférence de sa mère pour sa jeune sœur Jeanne-Rosine, également comédienne.
Elle était surnommée « la Voix d'or » ou « la Divine ». Considérée par beaucoup, avec Rachel, comme une des plus grandes tragédiennes françaises du XIXe siècle, elle fut la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les deux continents.
Sa devise : « Quand même ». On lui attribue aussi ce « mot-programme » : « Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent, mais ne jamais oublier. »[réf. nécessaire]
Carrière et vie privée
Elle entre au Conservatoire d'Art dramatique sur la recommandation du duc de Morny en 1859. Sortie du Conservatoire en 1862, elle entre à la Comédie-Française qu'elle quitte en 1866 pour l'Odéon. Elle est révélée en jouant Le Passant de François Coppée en 1869 et triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas en 1872, ce qui lui vaut d'être rappelée par la Comédie-Française où elle joue dans Phèdre en 1874 et dans Hernani en 1877.
En 1880, elle démissionne avec éclat du « Français » et crée sa propre compagnie avec laquelle elle part jouer et faire fortune à l'étranger. Elle se fait une spécialité des rôles de travesti (Hamlet, Pelléas), inspirant à Edmond Rostand sa pièce L'Aiglon en 1900. Elle se produit à Londres, à Copenhague, aux États-Unis (1880-1881) et en Russie, notamment au théâtre Michel de Saint-Pétersbourg (en 1881, 1892 et 1908). Elle rencontre Thomas Edison à New York et y enregistre sur cylindre une lecture de Phèdre.
Proche d'Oscar Wilde, elle lui commande la pièce Salomé, dont elle interprète le rôle-titre, en 1892. À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance puis du théâtre des Nations qu'elle rebaptise théâtre Sarah-Bernhardt et où elle joue La Dame aux camélias. En décembre 1894, elle fait appel à Alfons Mucha pour dessiner ses affiches. Ces six années de collaboration donnent un second souffle à sa carrière. Elle apporte son soutien à Émile Zola au moment de l’affaire Dreyfus.
En 1905, lors d'une tournée au Canada, elle est accueillie par le premier ministre Wilfrid Laurier à Québec. Toutefois, l’archevêque local, Louis-Nazaire Bégin, détestant le théâtre, demande à ses paroissiens de boycotter la représentation et c'est devant une salle en partie vide que l’actrice, habituée aux foules, se produit. <ref>Jean-Marie Lebel, Québec 1608-2008 : Les Chroniques de la capitale cité par Baptiste Ricard-Châtelain dans Le Soleil, 13 juillet 2008.</ref>
En 1914, on lui remet la Légion d'honneur. Elle est amputée d'une jambe en 1915, à l'âge de 71 ans, en raison d'une tuberculose du genou<ref>de Costa C, Miller F, Sarah Bernhardt's missing leg, Lancet, 2009;374:284-285</ref>, dont les premiers symptômes remontent au saut, onze ans plus tôt, du parapet dans le final de Tosca. Cela ne l'empêche pas de continuer à jouer assise, ni de visiter les poilus au front<ref>Courrier International</ref>.
Vers la fin de sa vie, Sarah Bernhardt devient également actrice du cinéma muet. Son premier film est Le Duel d'Hamlet en 1900. Elle en tournera huit, dont deux œuvres autobiographiques, la dernière étant Sarah Bernhardt à Belle-Île en 1912, qui décrit sa vie quotidienne.
Sa vie privée a été assez remplie. À l'âge de 20 ans elle donne naissance à son seul enfant, Maurice Bernhardt, fruit d'une liaison avec un noble belge, Charles-Joseph-Eugène-Henri, prince de Ligne. Elle connaît par la suite plusieurs amants, dont Charles Haas, mondain très populaire à qui elle vouait une véritable passion alors qu'il la traitait en femme légère et la trompait sans états d'âme. Après leur rupture, ils demeurèrent cependant amis jusqu'à la mort de Haas. On compte également des artistes tels que Gustave Doré et Georges Jules Victor Clairin et des acteurs tels que Mounet-Sully et Lou Tellegen. On parle également de Victor Hugo <ref>Alain Decaux dans Victor Hugo, Perrin, 1984.</ref> et du prince de Galles.[réf. nécessaire] Certaines sources lui prêtent également des liaisons homosexuelles dont la peintre Louise Abbéma, qui lui consacra plusieurs portraits<ref>Les deux femmes réalisèrent également un bronze d'après le moulage de leurs mains jointes, aujourd'hui disparu. [3]</ref>.
En 1874-1875, elle entretient des rapports intimes moyennant rétribution avec plusieurs députés dont Henri Ducasse et le comte de Rémusat.<ref>Fiche de Sarah Bernhardt, registre des courtisanes, Paris SAM Série BB, registre n°1 ; cité dans Courtisanes sous surveillance, in Dans les secrets de la police par Gabrielle Houbre</ref>
En 1882, elle se marie à Londres avec un acteur d'origine grecque, Aristides Damala, mais celui-ci est dépendant de la morphine et leur relation ne dure guère. Elle restera cependant son épouse légitime jusqu'à la mort de l'acteur, en 1889 à l'âge de 34 ans.
Sarah Bernhardt a séjourné plusieurs années avec ses commensaux - qu'elle appelait « sa ménagerie » - dans un fortin militaire désaffecté qu'elle avait acquis au lieudit « La Pointe des Poulains », à Belle-Île-en-Mer et à côté duquel elle avait fait bâtir, décorer et meubler la « Villa des Cinq Parties du Monde », entourée d'un jardin, travaux importants qui lui coutèrent plus d'un million de francs-or, somme considérable pour l'époque. En 1922, infirme et malade, elle vend ces propriétés, où un musée lui est consacré depuis 2007.
Elle meurt dans les bras de son fils Maurice le 26 mars 1923, alors qu'elle était en train de tourner un film. Elle est enterrée à Paris au cimetière du Père-Lachaise (division 44), malgré son souhait de reposer, comme Chateaubriand, face à l'océan, à Belle-Ile-en-Mer.
Sarah Bernhardt a publié plusieurs livres et pièces de théâtre.
Elle a inspiré en partie à Marcel Proust le personnage de l'actrice La Berma dans À la recherche du temps perdu. Proust la désignait parfois dans sa correspondance par "Haras", son prénom à l'envers.
Sacha Guitry l'évoque ainsi dans ses souvenirs : « Madame Sarah jouait un grand rôle dans notre existence. Après notre père et notre mère, c'était assurément la personne la plus importante du monde à nos yeux. [...] Que l'on décrive avec exactitude et drôlerie - ainsi que Jules Renard l'a fait dans son admirable Journal - sa maison, ses repas, ses accueils surprenants, ses lubies, ses excentricités, ses injustices, ses mensonges extraordinaires, certes [...] mais qu'on veuille la comparer à d'autres actrices, qu'on la discute ou qu'on la blâme, cela ne m'est pas seulement odieux : il m'est impossible de le supporter. [...] Ils croient qu'elle était une actrice de son époque. [...] Ils ne devinent donc pas que si elle revenait, elle serait de leur époque. »<ref>S. Guitry, Si j'ai bonne mémoire, Libraire académique Perrin, 1965, pp. 112-113.</ref>
Théâtre
- 1862 : Iphigénie de Racine, Comédie-Française : Iphigénie
- 1862 : Valérie d'Eugène Scribe
- 1862 : Les Femmes savantes de Molière
- 1864 : Un mari qui lance sa femme d'Eugène Labiche & Raymond Deslandes : princesse Douchinka
- 1866 : La Biche aux bois de Théodore Coignard et Hippolyte Coignard, Théâtre de la Porte Saint Martin
- 1866 : Phèdre de Racine : Aricie
- 1866 : Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux : Silvia
- 1867 : Les Femmes savantes de Molière : Armande
- 1867 : Le Marquis de Villemer de George Sand
- 1867 : François le Champi de George Sand, Théâtre de l'Odéon : Mariette
- 1868 : Kean de Dumas père : Anna Damby
- 1869 : Le Passant de François Coppée, Théâtre de l'Odéon : rôle masculin d'un troubadour Zanetto, son premier grand succès
- 1870 : L'Autre de George Sand
- 1871 : Jeanne-Marie d'André Theuriet
- 1871 : Fais ce que dois de François Coppée
- 1871 : La Baronne d'Édouard Foussier et Charles Edmond
- 1872 : Mademoiselle Aïssé de Louis Bouilhet
- 1872 : Ruy Blas de Victor Hugo : Doña Maira de Neubourg, reine d'Espagne
- 1872 : Mademoiselle de Belle-Isle de Dumas père : Gabrielle
- 1872 : Britannicus de Racine, Comédie-Française : Junie
- 1872 : Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, Comédie-Française : Chérubin
- 1872 : Mademoiselle de la Seiglière de Jules Sandeau, Comédie-Française
- 1873 : Dalila d'Octave Feuillet, Comédie-Française : princesse Falconieri
- 1873 : Chez l'avocat de Paul Ferrier, Comédie-Française
- 1873 : Andromaque de Racine, Comédie-Française : Andromaque
- 1873 : Phèdre de Racine, Comédie-Française : Aricie
- 1873 : Le Sphinx d'Octave Feuillet , Comédie-Française
- 1874 : Zaïre de Voltaire, Comédie-Française
- 1874 : Phèdre de Racine, Comédie-Française : Phèdre
- 1875 : La Fille de Roland d'Henri de Bornier, Comédie-Française
- 1876 : L'Étrangère de Dumas fils, Comédie-Française : Mrs. Clarkson
- 1876 : La Nuit de mai d'Alfred de Musset, Comédie-Française : la Muse
- 1876 : Rome Vaincue d'Alexandre Parodi, Comédie-Française : Posthumia l'aveugle
- 1877 : Hernani de Victor Hugo, Comédie-Française : Doña Sol
- 1879 : Mithridate de Racine, Comédie-Française : Monime
- 1879 : Phèdre de Racine, Comédie-Française : Phèdre
- 1880 : L'Aventurière d'Émile Augier, Comédie-Française
- 1880 : Adrienne Lecouvreur d'Ernest Legouvé & Scribe
- 1880 : Froufrou d'Henri Meilhac & Ludovic Halévy
- 1880 : La Dame aux camélias de Alexandre Dumas fils : Marguerite Gautier
- 1882 : Fédora de Victorien Sardou, Théâtre du Vaudeville
- 1883 : Pierrot assassin de Jean Richepin : Pierrot
- 1883 : Nana Sahib de Jean Richepin
- 1884 : Macbeth de William Shakespeare : Lady Macbeth
- 1884 : Théodora de Victorien Sardou : Theodora, impératrice de Byzance
- 1886 : Hamlet adaptation Louis Cressonnois et Charles Samson d'après William Shakespeare : Hamlet
- 1887 : L'Aveu de Sarah Bernhardt
- 1887 : La Tosca de Victorien Sardou
- 1890 : Jeanne d'Arc de Jules Barbier
- 1890 : Cléopâtre de Victorien Sardou : Cléopâtre
- 1891 : Pauline Blanchard d'Albert Darmont
- 1891 : Léah
- 1893 : Les Rois de Jules Lemaître
- 1893 : Phèdre de Racine
- 1894 : Gismonda de Victorien Sardou
- 1895 : Amphitryon de Molière
- 1895 : Magda d'après Heimat d'Hermann Sudermann
- 1895 : La Princesse lointaine d'Edmond Rostand
- 1896 : La Dame aux camélias de Dumas fils
- 1896 : Lorenzaccio d'Alfred de Musset : Lorenzaccio
- 1897 : Spiritisme de Victorien Sardou
- 1897 : La Samaritaine d'Edmond Rostand
- 1897 : Les Mauvais Bergers d'Octave Mirbeau
- 1898 : La Ville morte de Gabriele D'Annunzio
- 1898 : Médée de Catulle Mendès
- 1898 : La Dame aux camélias de Dumas fils
- 1899 : Hamlet de William Shakespeare : Hamlet
- 1900 : L'Aiglon d'Edmond Rostand : duc de Reichstatdt
- 1900 : Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
- 1902 : Francesca da Rimini de Marion Crawford
- 1902 : Théroigne de Méricourt de Paul Hervieu
- 1903 : Werther de Pierre Decourcelle d'après Goethe
- 1903 : Circé de Charles Richet
- 1903 : La Sorcière de Victorien Sardou
- 1903 : Varennes d'Henri Lavedan et G. Lenotre
- 1905 : Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo
- 1905 : Esther de Racine
- 1905 : Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck : Pelléas
- 1906 : La Dame de la mer d'Henrik Ibsen
- 1906 : La Vierge d'Avila de Catulle Mendès : Thérèse d'Avila
- 1907 : Les Bouffons de Miguel Zamacoïs
- 1907 : La Belle au bois dormant de Jean Richepin et Henri Cain
- 1908 : La Courtisane de Corinthe de Paul Bulhain et Michel Carré
- 1909 : Le Procés de Jeanne d'Arc d'Émile Moreau
- 1910 : La Beffa de Jean Richepin
- 1910 : Judas de John de Kay
- 1910 : Sœur Béatrice de Maurice Maeterlinck
- 1911 : Tartuffe de Molière : Dorine
- 1912 : La Reine Elizabeth d'Émile Moreau
- 1913 : Jeanne Doré de Tristan Bernard : Jeanne Doré
- 1914 : Athalie de Racine
- 1920 : Athalie de Racine
- 1921 : La Gloire de Maurice Rostand
- 1922 : Régine Armand de Louis Verneuil
- 1922 : Daniel de Louis Verneuil
Cinéma
Livres
- Dans les nuages - Impressions d'une chaise (Éd. Charpentier, Paris, 1878)
- L'Aveu, drame en un acte en prose (1888)
- Adrienne Lecouvreur, drame en six actes (1907)
- Ma double vie, mémoires (Éd. Fasquelle, Paris, 1907 - réed. Phébus libretto, Paris, 2002)
- Un cœur d'homme, pièce en quatre actes (1911)
- Petite idole (1920)
- L'Art du Théâtre : La voix, le geste, la prononciation, etc.
Bibliographie
- Françoise Sagan, Sarah Bernhardt, le rire incassable (Robert Laffont, Paris, 1987)
- Portrait(s) de Sarah Bernhardt, catalogue de l'exposition Sarah Bernhardt ou le divin mensonge (BNF, 2000) sous la direction de Noëlle Guibert (Éd. Bibliothèque nationale de France, Paris - 208 pages - ISBN 2-7177-2113-4)
- Jacques Lorcey, Sarah Bernhardt, l'art et la vie, préface d'Alain Feydeau (Séguier, Paris, 2005 - 160 pages - ISBN 2-84049-417-5)
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Notes et références
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