Louis Jouvet est un acteur français, metteur en scène et directeur de théâtre, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, né le 24 décembre 1887 à Crozon (Finistère), mort le 16 août 1951 à Paris.
Biographie
Enfance
Jules Eugène Louis Jouvet, est né en Bretagne le 24 décembre 1887. Orphelin de père à 14 ans, il part vivre avec sa mère chez son oncle qui est apothicaire à Rethel dans les Ardennes. Élève studieux et docile, sa famille l'oblige à entreprendre des études pour devenir pharmacien. À partir de 1904, il étudie à la faculté de Paris, mais passe tout son temps libre dans les théâtres amateurs de l'époque.
En parallèle, il se présente au concours d'entrée du Conservatoire d'Art dramatique de Paris, où il sera recalé trois fois (comme Bernard Blier, Dominique Blanc ou Antoine Vitez).
Autour de la Première Guerre mondiale
En 1912, son diplôme de pharmacien en poche, Louis Jouvet se marie avec Else Collin, avec laquelle il aura trois enfants. À cette époque il court les cachets et fera ainsi une courte apparition dans un film aux côtés de Harry Baur.
En 1913, il est engagé avec son ami Charles Dullin par Jacques Copeau directeur du Théâtre du Vieux-Colombier. C'est un véritable tournant dans sa carrière : il y est régisseur, décorateur, assistant et enfin comédien. Il masque alors son bégaiement par une diction syncopée qui le rendra célèbre par la suite <ref>L. Jouvet empruntera cette façon particulière de casser le rythme de la phrase à Louis Leloir, professeur au conservatoire</ref>.
En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Louis Jouvet est mobilisé comme ambulancier, puis comme médecin auxiliaire. Démobilisé en 1917, il retrouve la troupe du Vieux Colombier.
Entre-deux-guerres
En 1922, il rompt avec Jacques Copeau. Commence alors sa carrière de metteur en scène, il installe sa propre troupe au théâtre des Champs-Élysées où il remporte l'année suivante son premier grand succès avec Knock ou le triomphe de la médecine de Jules Romains, qu'il jouera 1500 fois.
En 1928, il rencontre Jean Giraudoux dont il crée plusieurs pièces. À partir de 1935, il dirige le théâtre de l'Athénée où il donne la première de La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935), d'Ondine (1939).
Gaston Baty, Charles Dullin et Georges Pitoëff et lui fondent le 6 juillet 1927 une association d'entraide, « Cartel des Quatre », qui durera jusqu'en 1940. L'objectif : faire en sorte que le théâtre crée une poésie qui lui soit propre, et faire jouer des auteurs contemporains.
On lui propose la direction de la Comédie-Française, qu'il refuse car il est trop occupé par celle de son propre théâtre. À l'Athénée, il triomphe avec des œuvres de Molière, celles écrites par son ami Jean Giraudoux, et diverses autres issues du répertoire classique.
La tournée sud-américaine durant la guerre
Il assume de juin 1940 à juin 1941 le contrôle des grands théâtres nationaux, puis part en tournée avec sa troupe en Amérique latine, accompagné pendant un temps par sa secrétaire Charlotte Delbo. Celle-ci choisit de rentrer en France le 15 novembre 1941 pour rejoindre la Résistance. En effet le voyage de la troupe est clairement, au début, une tournée de propagande du gouvernement de Vichy : les ambassadeurs d'Allemagne et de France (Vichy), assistent aux représentations et du matériel de propagande est distribué lors des représentations.<ref>Denis Rolland, Louis Jouvet et le Théâtre de l'Athénée : « Promeneurs » de rêves en guerre de la France au Brésil, L'Harmattan, 2000.</ref>. Alors qu'il comptait se rendre au Canada en 1942, le gouvernement des États-Unis lui refuse un visa, même de transit, le considérant comme le chantre de Vichy.<ref>Denis Rolland, Louis Jouvet et le Théâtre de l'Athénée, op. cit.</ref> Durant cette période, il crée notamment L'Apollon de Bellac de Jean Giraudoux et L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel à Rio de Janeiro.
Il ne revient en France qu'en 1945. Il a réussi alors à inverser le sens vichyste de la tournée d'Amérique Latine : le sort de Charlotte Delbo aidant (elle a été arrêtée en 1942 et déportée à Auschwitz), le mythe d'une tournée résistante s'impose et Jouvet est reçu par le général de Gaulle. Il faudra les travaux de Denis Rolland sur les archives de la tournée pour en montrer les ambigüités, au moins jusqu'en 1943<ref>Denis Rolland, Louis Jouvet et le Théâtre de l'Athénée, op. cit.</br>Voir aussi l'émission de France Culture, La Fabrique de l'Histoire (8 juillet 2009).</ref>.
À la tête du théâtre de l’Athénée
Louis Jouvet reprend la direction du théâtre de l’Athénée qui depuis lui a accolé son nom. Là il crée La Folle de Chaillot (1945). Le 30 juillet 1950, il reçoit la Légion d'honneur. Il aide également les nouvelles figures du théâtre, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Jean Vilar notamment, et met en scène Le Diable et le Bon Dieu, pièce écrite par Jean-Paul Sartre en 1951 au Théâtre Antoine à Paris
Malade du cœur, il meurt à la suite d'un infarctus dans son théâtre, alors qu'il dirigeait une répétition de la pièce La Puissance et la Gloire, d'après Graham Greene<ref>adaptation de Pierre Bost</ref>.
Jouvet et le cinéma
Au cinéma, il joue dans trente-deux films, dont quelques chefs-d'œuvre passés à la postérité. Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot, pour beaucoup l'un de ses meilleurs rôles ; Hôtel du Nord aux côtés d'Arletty et son fameux « atmosphère, atmosphère » et Drôle de drame, dans lequel il donne à Michel Simon la réplique devenue célèbre : « Moi j'ai dit "bizarre, bizarre" ? Comme c'est étrange… […] Moi, j'ai dit "bizarre", comme c'est bizarre. », deux films réalisés par Marcel Carné. Knock ou le triomphe de la médecine est porté à l'écran par l'acteur (avec Roger Goupillières) en 1933 ; Jouvet interpréte à nouveau le personnage dans la version de Guy Lefranc en 1951, peu avant sa mort. Il joue dans deux films réalisés par Jean Renoir : Les bas-fonds en 1936, avec Jean Gabin, et La Marseillaise en 1937. Dans L'Alibi, sous la direction de Pierre Chenal, il rencontre pour un face-à -face Erich Von Stroheim. Dans Copie conforme, il tient le rôle du chef d'une bande de voleurs qui engage son sosie pour se faire innocenter. Aux côtés de Suzy Delair, Jouvet y tient donc un double rôle. En 1948, il joue l'inspecteur Carrel qui enquête sur la mort du truand Vidauban, également son sosie, dans Entre onze heures et minuit de Henri Decoin. Son ami et dialoguiste favori, Henri Jeanson, met en scène Lady Paname et reforme le duo Jouvet-Delair.
Louis Jouvet aimait le théâtre plus que le cinéma. Cela ne l'empêchera pas de jouer, au cinéma, des adaptations théâtrales saluées par la critique[réf. nécessaire] : Volpone avec Harry Baur et Charles Dullin, et Knock, par deux fois, à 17 ans d'intervalle. Fidèle en amitié, il acceptait spontanément de jouer dans un film dont Henri Jeanson avait signé les dialogues, ou encore exigeait qu'il y ait un rôle pour ses amis dans les films où il figurait (par exemple avec Charles Dullin dans Volpone, et Quai des Orfèvres). Sa passion du théâtre l'a poussé à jouer dans Entrée des artistes de Marc Allégret, film où il joue son propre rôle de professeur de théâtre du Conservatoire, presque un reportage sur l'art de Jouvet, La Fin du jour de Julien Duvivier où il est un acteur de théâtre complètement habité par ses personnages et qui, confondant réalité et fiction, sombre dans la folie, et Miquette et sa mère de Clouzot, dans lequel il incarne le pittoresque Monchablon, « grand premier rôle en tous genres », directeur d'une troupe de théâtre ambulant.
Filmographie
- 1932 : Topaze de Louis Gasnier : Auguste Topaze, humble professeur
- 1933 : Knock de Louis Jouvet et Roger Goupillières : docteur Knock
- 1935 : La Kermesse héroïque de Jacques Feyder : le Chapelain
- 1936 : Mister Flow de Robert Siodmak : Achille Durin, valet de lord Scarlett et Mister Flow, le bandit
- 1936 : Salonique, nid d'espions ou Mlle Docteur de Georg Wilhelm Pabst : Simonis, l'agent allemand
- 1936 : Les Bas-Fonds de Jean Renoir : baron Débile, ruiné par le jeu
- 1937 : Un Carnet de bal de Julien Duvivier : Pierre Verdier, dit Jo, ancien avocat devenu chef de bande
- 1937 : Forfaiture de Marcel L'Herbier : Valfar, l'âme damnée de Tang-Si
- 1937 : Drôle de drame de Marcel Carné : Archibald Soper, évêque de Bedford
- 1937 : Ramuntcho (film, 1937) de René Barberis : Itchoua, le chef de la contrebande
- 1937 : La Marseillaise de Jean Renoir : Roederer
- 1938 : La Maison du Maltais de Pierre Chenal : Rossignol, agence de filature
- 1938 : L'Alibi de Pierre Chenal : commissaire Calas
- 1938 : Entrée des artistes de Marc Allégret : M. Lambertin, professeur de théâtre
- 1938 : Le Drame de Shanghaï de Georg Wilhelm Pabst : Ivan, aventurier et amant de Kay Murphy
- 1938 : La Fin du jour de Julien Duvivier : Saint-Clair, l'ex-don Juan
- 1938 : Education de Prince de Alexandre Esway : René Cercleux
- 1938 : Hôtel du Nord de Marcel Carné : M. Edmond, le truand maquereau
- 1939 : La Charrette fantôme de Julien Duvivier : Georges, dit l'étudiant, ami de David
- 1939 : Sérénade de Jean Boyer : baron Hartmann
- 1940 : L'École des femmes Film interrompu et inachevé de Max Ophuls : Arnolphe
- 1940 : Volpone de Maurice Tourneur : Mosca, l'homme à tout faire de Volpone
- 1940 : Untel Père et Fils de Julien Duvivier : Pierre Froment (le père) et son fils Félix
- 1946 : Un revenant de Christian-Jaque : Jean-Jacques Sauvage, directeur d'une troupe de ballet
- 1947 : Les Amoureux sont seuls au monde de Henri Decoin : Gérard Favier, célèbre compositeur
- 1947 : Copie conforme de Jean Dréville : M. Dupon, homme tranquille et Ismora le cambrioleur
- 1947 : Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot : l'inspecteur Antoine
- 1948 : Entre onze heures et minuit de Henri Decoin : l'inspecteur Carrel, sosie de Vidauban
- 1948 : Lady Paname de Henri Jeanson : M. Gambier, dit Bagnolet
- 1949 : Miquette et sa mère de Henri-Georges Clouzot : Monchablon directeur d'une troupe de théâtre
- 1949 : Retour à la vie - Sketch « Le Retour de Jean » de Henri-Georges Clouzot : Jean Girard, ancien déporté
- 1951 : Knock de Guy Lefranc : docteur Knock
- 1951 : Une histoire d'amour de Guy Lefranc : l'inspecteur Ernest Plonche
Théâtre
Comédien
- Théâtre du Vieux-Colombier
- Garrick's Theatre New York
- Théâtre du Vieux-Colombier
Metteur en scène et comédien
- Théâtre du Vieux-Colombier
- Comédie des Champs-Élysées
- Théâtre Pigalle
- Comédie des Champs-Élysées
- Théâtre Pigalle
- Comédie des Champs-Élysées
- Théâtre de l'Athénée
- Comédie-Française
- Tournée en Amérique latine 1941-1945
- Théâtre de l'Athénée
Notes et références
<references/>
Bibliographie
- Léo Lapara, Dix ans avec Jouvet, autobiographie, éd. France Empire, 1975
- Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet, le patron, Éditions Ramsay, 2001
- Marie-Françoise Christout, Noëlle Guibert, Danièle Pauly, Théâtre du Vieux Colombier, 1913-1993, Éditions Norma, 1993
- Louis Jouvet, Elvire Jouvet 40. Sept leçons de L. J. à Claudia sur la 2e scène d'Elvire du " Dom Juan " de Molière, tirées de "Molière et la comédie classique" de Louis Jouvet, BEBA Editeur, 1986 ( et Solin, 1992).
- Louis Jouvet, Molière et la comédie classique; extraits des cours de Louis Jouvet au Conservatoire, 1939-1940, Gallimard, 1965 (réédition 1998)
- Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, Flammarion / Champs, 2009
- Louis Jouvet, Le comédien désincarné, Flammarion / Champs, 2009
Voir aussi
Lien externe
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